Man Gisèle

MAN GISELE

THÉÂTRE ET DANSE – Création 2021

Mise en scène & Chorégraphie: Jean L’Océan

Avec Laurence Couzinet-Letchimy

Regard extérieur : Catherine Bourgeois

Costumes: Nadi

Bande-son: Daniel Dubois

Coproduction: Korzémo


JEUNE PUBLIC dès 3 ans – FAMILIAL & INTER-GENERATIONNEL

SCOLAIRES (Maternelles & Primaires) – Le spectacle, suivi d’un échange, peut faire l’objet d’ateliers théâtre au sein de la classe (se renseigner auprès de la compagnie)

Durée: 35 minutes

NOTES D’INTENTION DE JEAN L’OCÉAN, METTEUR EN SCÈNE

Le repli sur soi, l’individualisme, le sentiment d’insécurité, l’édification de murs aux frontières, les solitudes parallèles ne font que trop la « Une » de notre monde moderne.

La crise sanitaire que nous traversons encore – la pièce a été créée en plein 4ème confinement à la Martinique – amplifie et exacerbe certains de ces comportements: peur de l’autre, peur de l’inconnu, peur de se toucher, … Intervenant dans des écoles, j’ai rencontré nombre d’enfants qui se construisent ainsi, dans le refus du contact physique et la défiance de l’autre. C’est assez inquiétant!

Si la peur a une fonction utile de préservation, elle n’offre aucune autre perspective et il importe de re-donner confiance à tous ceux qui s’atrophient en laissant le champ libre à leurs peurs, qu’elles soient fondées ou non.

Aux enfants, je crois que l’on peut tout dire et tout aborder en adoptant, bien sûr, la manière qui convient à leur maturité … Tout? Sauf peut-être injurier « l’avenir », me semble-t-il. En voulant entrer en communication avec ce public particulièrement exigent et cash, j’ai tenté de lui communiquer que la vie vaut la peine d’être prise à bras le corps, qu’il importe d’ouvrir la porte à tous les vents, de cultiver ensemble notre bien le plus précieux: le désir, la curiosité, l’envie, l’imagination… Et d’être en confiance!

« On ne peut pas ne pas communiquer. » – Paul Watzlawick –

« UNE IDÉE, ÇA SERT À QUOI!? »

Le personnage de « Man Gisèle » est craintif et se complait dans la sécurité de son nid douillet. Pourtant, elle pressent confusément que cet isolement est la cause de son mal-être diffus. Paradoxalement, grâce ou à cause de cet isolement, la volonté de Man Gisèle s’emploie à trouver une solution. Pour contrer son ennui, elle s’aventure à jouer au hasard de ce qui lui tombe sous les yeux, retrouvant sa part d’enfance. Ce faisant, c’est toute sa fantaisie et sa créativité qui se déploient… Jusqu’à transformer son balai en personnage et à entretenir avec lui une relation. Ce compagnon imaginaire tient compagnie à Man Gisèle et fait office de « petite voix intérieure » qui n’hésitera pas à la bousculer dans ses retranchements et à la guider vers son émancipation.

« Il n’y a aucune réalisation qui n’ait pas été un rêve » – Einstein –

« Cette petite voix intérieure » n’est rien d’autre que l’émanation d’une idée, cette chose impalpable, invisible, inodore qui nous trotte non-stop dans la tête, et qui pourtant nous affecte intimement et peut s’avérer si créatrice et puissante qu’elle peut changer le cours des choses, à commencer par nous-mêmes.

Sans entrer ici dans des considérations scientifiques – au demeurant passionnantes -sur le fonctionnement de nos cerveaux, « Man Gisèle » alerte tout un chacun, petit ou grand, qu’il importe de veiller à la qualité et à la nature de nos pensées. Ne pas en changer tous les quatre matins, s’y tenir et y oeuvrer, en jouer et y croire avec constance et intensité peut véritablement augmenter nos chances d’évoluer, d’influencer la réalité tangible de nos existences et favoriser la réussite de nos objectifs. En somme, de grandir!

Man Gisèle a fini par le comprendre et à se surpasser. Pour sa plus grande joie et… Celle du public, infiniment touché à la fin de la pièce – d’enfin – la rencontrer!

PROCESSUS DE CRÉATION & SCÉNOGRAPHIE

La pièce s’adresse à tous les âges à partir de 3 ans, offrant plusieurs niveaux de lecture. Les jeunes enfants étant très intuitifs pour décrypter l’expressivité d’un corps en mouvement et les non-dits, je me suis attaché à créer, pour eux prioritairement, une pièce accessible, essentiellement visuelle et gestuelle, sans sombrer dans l’infantilisme, la facilité ou, pire, la séduction.

Peu de texte donc, la pièce n’étant émaillée que de quelques échappées expressives ou de quelques rares phrases simples en français ou en créole (lorsque, par exemple, Man Gisèle chantonne en faisant son ménage et nargue la personne qui vient de frapper à sa porte, lorsqu’elle improvise seule un jeu avec les lettres « I » et « D » ou lorsqu’elle rencontre le public, bouleversée et heureuse, après avoir enfin ouvert la porte de sa maison, point d’orgue de la pièce!)

Comme un artisan dans son atelier qui explore et malaxe la matière dont il dispose, je me suis aventuré en studio de répétition après simplement avoir jeté à grands traits, à la table, le sujet de la création: « Une idée, ça sert à quoi? ».

D’entrée, j’ai initié une seule contrainte: celui de délimiter l’espace avec un cordon tendu entre quatre coins pour représenter les quatre murs de la maison de Man Gisèle et signifier son passif isolement.

Comme un enfant, je ne voulais pas trop intellectualiser en amont le propos du spectacle mais plutôt rester en alerte, ouvert à toute éventualité, disposé à être étonné tout au long du processus de création. Le travail s’est alors développé, presque comme une évidence, en m’appuyant sur le corps de femme de mon interprète Laurence Couzinet-Letchimy (formée en danse classique et contemporaine) et de quelques objets très communs et ordinaires (seau, balai, bouchons de bouteille, caisse en bois) réinvestis en de multiples usages et qu’en dépit du confinement et des magasins « non-essentiels » fermés, nous pouvions encore trouver(!).

« Man Gisèle » est donc une pièce minimaliste dans sa forme, particulièrement légère en décor et accessoires, qui a l’ambition de pouvoir être donnée à peu près partout (théâtre, salle de classe, préau, place de villages, médiathèque, ….), avec ou sans régie-lumière, avec ou sans fond de scène, d’autant que la crise sanitaire ferme les salles de spectacle de façon récurrente et nous invite à nous ré-inventer pour rencontrer le public.

Si la période s’avère critique pour les artistes, elle est toutefois stimulante, exigeante et porteuse de promesses car il s’agit bien de revenir à l’essentiel du théâtre: jouer, créer l’illusion.

D’un rien, il s’agit – sans aucun subterfuge ni artifice scénique – de créer un monde, raconter une histoire, dessiner un personnage, faire sens, questionner, générer rires et émotions, révéler la quintessence de nos vies et favoriser notre aptitude à nous enchanter.