Ma maman à moi

MA MAMAN À MOI

THÉÂTRE – MARIONNETTES – DANSE

PETITE ENFANCE (10 mois-3 ans) & MATERNELLES (toutes sections)

Mise en scène: Jean l’Océan

Interprète: Laurence Couzinet-Letchimy

Illustrations: Matthieu Deret

Montage-son: Daniel Dubois – Don Shorty Production

Accessoires: Jean l’Océan et Laurence Couzinet-Letchimy

Durée: 30 mn

Coproduction L’A’ZWEL

 

L’HISTOIRE

Une femme, dans sa maison, veille avec amour sur son enfant. Elle le cajole, se montre à l’écoute de ses besoins, console ses pleurs, échange sourires et vocalises avec son petit, chante et s’improvise marionnettiste pour l’entendre gazouiller de plaisir…. L’un et l’autre sont comblés par leurs échanges et s’épanouissent au sein de cette relation encore fusionnelle et intime.

Mais la femme ne peut être constamment disponible pour son petit. Attentive à son bien-être, elle prépare son enfant à cette inévitable et nécessaire séparation. Jouant avec lui à cache-cache: « Coucou, je suis là… Je me cache! Je suis là….Je pars! Je reviens… Je pars travailler! …. », l’enfant rit aux éclats! C’est si amusant de jouer avec maman!

Vient le moment de la séparation. Confiant son enfant à la crèche, elle lui envoie un dernier bisou encourageant, joyeux et tendre, monte dans sa voiture pour se rendre à son travail et, loin de lui, mène sa vie sociale et professionnelle.

Mais à son retour en fin de journée, l’enfant ne l’accueille pas comme elle se l’imaginait. Sitôt qu’elle le prend avec bonheur et gourmandise dans les bras, il se met à pleurer. Profondément bouleversée par ce qui s’apparente à une manifestation de rejet, la femme accuse le coup. En l’espace d’un instant, une détresse immense l’empoigne, tout son être s’effondre, comme blessée dans sa chair et niée dans l’image la plus haute qu’elle se fait d’elle-même: être sa maman.

Si l’enfant est encore incapable de se soustraire à l’intensité de ses émotions et ne dispose pas du langage pour s’exprimer, verbaliser et réfléchir aux situations – en l’occurrence, là, l’absence de sa mère tant espérée dont il a été séparé – , la femme, elle, a la ressource de se resaisir et de briser la spirale infernale de l’incompréhension qui pourrait les séparer. Oui, elle l’aime même lorsqu’elle n’est auprès de lui ou qu’elle lui pose des limites et le frustre.

Avec un instinct sûr, elle trouve les mots qui rassurent et apaisent son enfant…. Tournant les pages de l’album-photos de la famille, elle lui raconte son amour pour lui, un amour sans conditions, un amour qui le respecte tel qu’il est, un amour qui aime sa liberté et sa différence, un amour qui croit en lui, un amour qui transmet, un amour qui l’accompagne à chaque instant… un amour peut-être imparfait parfois, mais bien là, vivant!

Je t’aime depuis que tu es né…   Et même avant, quand tu étais tout  petit dans mon ventre

Je t’aime quand tu es contre moi                                      Et je t’aime quand tu es contre moi!

Je t’aime quand tu fais comme moi…                                        Et quand tu fais comme toi.

Je t’aime quand tu réussis…                                                              Et quand tu vas réussir.

Je t’aime quand tu es fort…                                                             Et quand tu changes d’avis

Je t’aime quand tu es tout mignon…                                    Et quand ça n’a pas d’importance!

Je t’aimerai quand tu deviendras grand et que tu partiras…

LA RELATION MÈRE-ENFANT

Rétrospectivement, il apparaît étonnement que nombre de créations de la compagnie se sont attachées à la question de la parentalité et au lien parent-enfant. « Ma maman à moi » s’inscrit particulièrement dans cette problématique récurrente et s’attache, cette fois-ci, à la relation mère-enfant et aux trois premières années de sa vie, années que les spécialistes de la petite enfance s’accordent pour considérer comme cruciales et décisives dans le développement du petit-être en devenir.

Le lien mère-enfant en constitue les fondations même si, bien sûr, le père joue une partition différente tout aussi conséquente. C’est par sa mère que le tout-petit entre en contact avec le monde extérieur, c’est à travers elle qu’il le découvre. La présence maternelle est un élément essentiel: les grands apprentissages de l’enfant se font par amour pour sa mère, et pour le conserver.

De fusionnel lorsque l’enfant n’est pas encore capable de faire la distinction entre lui et sa mère – pour lui, ils ne font qu’un, comme lors de sa vie intra-utérine – le petit passe progressivement d’un monde confus à un univers relativement organisé sur lequel il va peu à peu agir. Sa mère, alors, devient objet d’attachement et d’amour, l’enfant ayant alors compris que pour être bien (ne pas avoir faim, être propre, reposé, ….), il a besoin de sa mère pour satisfaire ses besoins.

Progressivement, au fil de ses apprentissages (notamment en motricité), le bébé va pourtant peu à peu se détacher d’elle: quoique toujours très dépendant, il ne se confond plus avec elle. Il commence à marcher, à parler, à manger seul, il explore et commence à maîtriser son environnement… Mais le voilà alors confronté à deux désirs contradictoires: d’un côté le besoin de dépendance et de l’autre le besoin d’autonomie. Fausse contradiction en réalité, car il ne saurait grandir et gagner en autonomie qu’à la condition d’être entouré et accompagné affectueusement par les siens.

Sa dépendance affective à l’égard de sa mère reste intacte: il a besoin pour évoluer du regard et de l’approbation de sa mère. Il a encore besoin d’elle pour le stimuler dans ses nouvelles activités. Egocentrique par nécessité, il ramène tout à lui et n’ébauche une relation altruiste que pour le plaisir qu’il en retire: se sentir aimé, valorisé, approuvé, ce qui va simultanément le faire progresser dans ses différentes acquisitions (motrices, intellectuelles et relationnelles).

Quand, vers deux ans, l’enfant a une prise de conscience de plus en plus précise de son Moi (sans avoir toutefois acquis la conception psychologique de lui-même et de son individualité propre), il s’oppose et dit « Non ». Il s’affirme de plus en plus et, inexorablement, l’enfant chemine vers son autonomie et l’altérité véritable, bâtissant étape après étape sa personne et sa vie, sous le regard bienveillant et protecteur de sa mère.

Nous ne conclurons pas par une déclaration dithyrambique et idéaliste sur le lien – pourtant fascinant – qui unit une mère à son enfant. Chacun de nous l’a éprouvé, chacun de nous l’abrite au plus intime de son être, et chacune de nos différentes histoires ont participé à ce que, aujourd’hui, nous sommes les uns et les autres…

« Ma maman à moi » raconte cette histoire inouïe, partagée par tous et de tous temps… Et qu’en 2022, simplement en nous rendant en crèche, nous avons pu encore et encore observer: là, un petit-bonhomme désespéré, appelant « Maman! » tout en surveillant le parking par où elle allait revenir le chercher; ici un petit en adaptation, inconsolable dans des bras, se croyant abandonné; là un gamin pédalant de plus belle sur son tricycle quand sa maman revient le chercher… Il est si heureux de lui montrer combien il est grand, incroyable et digne de l’«amour fou» de sa maman!

PROCESSUS DE CRÉATION

LE PROCESS VOULU PAR L’AZWEL, PORTEUR DU PROJET DE LA CRÉATION, A ÉTÉ POUR LA COMPAGNIE DÉCISIF DANS LE CHOIX DU SUJET DE LA PIÈCE:

    1. LA RENCONTRE ET LES ÉCHANGES AVEC DES PROFESSIONNELLES DE LA PETITE-ENFANCE qui nous ont fait partager leur expérience et leurs connaissances relatives aux besoins, aux apprentissages, à la psychologie et au développement (moteur, psychique et affectif) des tout-petits.

Ces échanges ont été autant d’occasions de s’interroger sur le pourquoi d’une création artistique en direction de ces jeunes enfants. A cet âge où « tout est spectacle », pour lequel l’art et la vie ne sont pas encore arbitrairement séparés, où la curiosité est la même – sans aucun à-priori – pour tout ce qui se présente, quelle est la place et le rôle d’un spectacle?

Au fil des échanges, un cap se dessine: il s’agit de participer à leur éveil et la proposition artistique se doit donc de les « nourrir ». Ni animation qui vise à simplement divertir, ni pédagogie qui vise à apprendre – chaque enfant restant libre de vivre ses propres émotions face à ce qui lui est présenté et de s’y intéresser ou pas – il s’agit de s’appuyer sur la capacité innée à recevoir du jeune enfant, disposé à accumuler expériences, émotions et sensations pour se construire, en s’appuyant sur ce qu’il est naturellement.

Les échanges ont permis de se préparer à éviter certains écueils en prenant en considération:

  • leur besoin de bouger et d’être en relation (interactivité)

  • leur capacité d’attention et de concentration de courte durée nous obligeant à garder un rythme soutenu, à enchainer des saynètes très diversifiées pour ne pas les lasser et les garder attentifs et captivés, à savoir renoncer à certaines recherches qui s’avèreraient intéressantes mais qui rallongeraient d’autant la durée du spectacle, …)

  • le langage n’étant pas en place chez les bébés et les jeunes enfants, on a fait le choix de créer pour eux une pièce accessible, essentiellement visuelle et/ou gestuelle où la structure narrative d’une histoire ou d’un personnage s’articule autour d’expériences sensorielles et émotionnelles; les expressions, les images, les sons, les mouvements du corps, les matières, peut-être même les odeurs prévalant et priviliégiant le « ressentir » au « comprendre » tout en proposant une approche poétique du réel où narration, sens et compréhension ne sont pas déterminants.

  • leur besoin d’ « être accueillis » avant-pendant et après le spectacle (les enfants mais aussi leurs parents) a été longuement évoqué pour les préparer et les inviter affectueusement à être , le temps du spectacle, spectateur. Un spectateur content, étonné, consentant.

2 – L’IMMERSION EN CRÈCHE

L’immersion en crèche où nous avons eu tout loisir d’observer des enfants d’âges différents, a constitué un temps extrêmement bénéfique pour la création.

  • Temps pour les connaître et bien cerner à quel public est destiné le travail en cours.

  • Temps d’expérimentation in situ: imaginer « avec » et « au milieu d’eux » des pistes de travail et pouvoir jauger de l’intérêt et des réactions que suscitent auprès des jeunes enfants les propositions élaborées en répétition.

  • Temps pour se retrouver au milieu d’eux et simplement les regarder vivre. Ils sont si inspirants, si bruts, si attachants, si entiers, si étonnants que nous avons avions le sentiment que tout était là, qu’il suffisait simplement de regarder autour de nous pour, ensuite, esquisser un premier squelette de la création (autour de quelques grands axes: la découverte des cinq sens/ les apprentissages/ la quête d’autonomie/ le langage et la socialisation/ le déroulement d’une journée/ les rituels/ la relation à la mère, …). Oui, la création parlerait d’eux et les enfants devaient pouvoir s’y reconnaître tout en leur donnant un sentiment de sécurité et de bien-être émotionnel et affectif auquel, à cet âge, ils ont droit.

 

SCÉNOGRAPHIE

Les jeunes enfants, à l’imagination délirante, sont des scénographes nés. Avec une simple bassine, ils créent des etcetera d’univers. La même bassine devient tour à tour un tambour, une chaussure, un siège, un chapeau, une roue, un contenant pour ramasser les feuilles du jardin, …. et les voilà qui deviennent tambouyers ou jardiniers, se croient dans un cirque ou au volant de leur voiture…. Aucune limite, tout est bon pour exercer leur habileté, leurs compétences et interagir avec le monde qui les entoure.

A l’instar de ces petits-bouts inventifs, nous avons réinvestis en de multiples usages les rares accessoires (cubes, chaussettes-marionnettes, feuilles de papier, calebasse-moustiquaire) de manière à revenir à l’essentiel et à l’essence même de tout spectacle: créer l’illusion et « jouer »!

« Ma maman à moi  » est donc une pièce particulièrement légère, qui a l’ambition de pouvoir être donnée tout autant en crèche et en école maternelle que dans des théâtres.

LE MOT DU METTEUR EN SCÈNE

« Comme un artisan dans son atelier qui explore et malaxe la matière dont il dispose, je me suis aventuré en studio après avoir simplement jeté à grands traits, à la table, le sujet de la création.

Comme un enfant, je ne voulais pas trop intellectualiser en amont la teneur du spectacle mais plutôt rester en alerte, ouvert à toute éventualité, disposé à être étonné tout au long du processus de création.

Le travail s’est alors développé, en m’appuyant sur les qualités corporelles de mon interprète, ex danseuse classique et contemporaine et sur la spontanéité et la vitalité imaginative des enfants que j’avais pû observer en crèche, qui d’un rien crée un univers. »

Jean l’Océan

« LAISSEZ VENIR À MOI LES PETITS ENFANTS…. »

« J’ignorais, en répondant à l’appel à projet de l’A’Zwel, à quel point j’allais aimer jouer pour les petits, et même pour les bébés. C’est désormais un rendez-vous que j’attends avec impatience, comblée par leurs éclats de rires, leur belle attention et leur petit-côté qui semble en redemander à la fin du spectacle; celui-ci qui vient caresser le bébé, celui-là qui feuillette l’album illustré, ici les voilà qui manipulent les cubes et travaillent dur comme maman, là qui demandent à enfiler les chaussettes…..Pour cette aventure artistique autant qu’humaine, un grand merci à l’A’zwel de nous avoir « provoqués» et accompagnés. »

Laurence Couzinet-Letchimy, interprète