ZAO

DANSE ET THÉÂTRE

Création 2014

Mise en scène : Thierry Sirou
Interprètes : Jean l’Océan et Laurence Couzinet-Letchimy

Création lumières : Sébastien Arribas
Création costumes : Marylène Joly-Pascal
Bande son : Cédric Billard
Montage vidéo : Hugo Volant

Tout public (à partir de 12 ans) francophone & non-francophone
Durée: 1h

zaozao

« Zao » ou « dzah’-o », en grec ancien,signifie
« 
Vivre, respirer, être parmi les vivants »

Dès leur premier souffle, l’homme et la femme explorent le charivari de la vie:
ses sensations, ses beautés, ses nécessités vitales, ses lois organiques, son spectre des possibles, ses constructions…

Conscients de la vulnérabilité de leurs existences, ils se construisent l’un par-rapport à l’autre, l’équation de leur survie ne tenant – peut-être- qu’à un seul facteur: leur amour pour assurer l’avenir.

La pièce s’offre au public comme on partage l’intime de chacun.
C’est notre part imprévisible, brute, la plus belle et la plus mystérieuse qu’elle dévoile.
Ecoutons-nous encore nos sens?
Savons-nous encore nous aimer librement et être « tout bêtement » heureux?

Zao est un jaillissement de la pulsion vitale, d’étonnements et de tendresse à l’adresse de la vie.

PRESSE

A PROPOS DE « ZAO »

Explorant le cheminement de la conscience humaine des origines à aujourd’hui, « Zao » pose la question du sens de l’existence, de la relation à l’autre et des sentiments.

Essentiellement gestuelle, « Zao » offre une visibilité charnelle à son propos. Les corps en mouvement suffisent, par leur capacité d’expression, à générer de la beauté et des émotions ainsi qu’à rendre intelligible le sens de la pièce. Ainsi le texte devient-il des plus succinct dans « Zao », n’apparaissant que pour une raison d’accélération temporelle, créant un pont entre l’ « avant » et le « maintenant » et, suggérant par une suite de mots comme autant d’images feuilletées, les multiples étapes franchies par l’humanité.

C’est à ses origines que le spectacle débute. Il évoque d’abord ce temps où la vie n’avait pas conscience d’elle-même et où le lien avec l’autre était dû au hasard des forces en présence.

Puis retrace ces temps successifs où :

  • vivre s’accompagnait essentiellement d’attitudes animales instinctives et répétées, nécessitées par les fonctions vitales,

  • vivre induisait la conscience de soi, de son individualité et de sa solitude fondamentale,

  • vivre imposait de s’unir pour mieux se défendre contre les éléments hostiles.

L’homme et la femme n’échappent pas à la nécessité de perpétuer l’espèce. Instinctivement, et goûtant au subterfuge du plaisir pour transmettre la vie, ils usent de leurs cinq sens pour explorer l’altérité avec curiosité et jubilation: ils se regardent, se respirent, se touchent, se goûtent, s’ écoutent. Autant de manières de développer leur cerveau en engrangeant expériences et observations, d’établir une communication et de construire ainsi une relation .

On peut imaginer cet amour originel plus intense parce que dégagé de toute contingence, de règles sociales et de soumission à une norme.

« La vie, c’est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l’équilibre. »

– Albert Einstein –

Et aujourd’hui ? Vivre…

Est-ce chercher sa place dans l’énorme construction collective que l’humanité a créée?

Et, si oui, les contraintes communautaires ne nous ont-elles pas imposé une manière d’être dans ce monde, nous obligeant à nous conformer à une représentation convenue de nous-mêmes ? Les sentiments s’en trouvent-ils de plus en plus normalisés ?

Ecoutons-nous encore nos sens? Sommes-nous encore capables de nous aimer, simplement?

Notre nature profonde, au demeurant, a-t-elle la moindre chance d’être perçue et comprise?

Est-ce un problème de vouloir être « bêtement » heureux?

Si la pièce est une fiction basée sur des éléments avérés du réel, elle ne se veut en aucun cas un documentaire dans lequel la gestuelle soutiendrait un propos pédagogique de vulgarisation scientifique sur l’évolution des espèces.

« Zao » retrace l’histoire imaginaire d’un homme et d’une femme, même si celle-ci rejoint parfois la grande Histoire de l’homme et de ses sociétés, depuis les origines de l’humanité jusqu’à notre époque actuelle. Le récit montre ces évolutions, tant dans leur continuité que dans leurs contrastes. Les émotions, la relation à l’autre, les sentiments et l’intelligence apparaissent comme les fils directeurs de la pièce.

Mais plus qu’une histoire narrative (avec un début, un milieu et une fin), l’objet de la création est d’opérer des saisies de perceptions, des explorations de situations existentielles, qui nous confrontent à l’indicible.

« L’objet de la démarche artistique est avant tout d’essayer de se rapprocher de ce que nous ne pouvons pas dire. » Patrick Chamoiseau

NOTES D’INTENTION

S’attacher à deux personnages, un homme et une femme :

Du « deux », de la dualité de deux mondes distincts mais néanmoins indissociables, le Masculin et le Féminin, naissent une multiplicité des possibles et la véritable altérité.

« Aller à la rencontrer de l’autre, c’est avoir l’idée de l’infini.

C’est avoir la pensée de ce que l’on ne peut pas penser. » – Emmanuel Lévinas –

C’est donc autour de cette double polarité – homme/femme – que la pièce a été construite accompagnant les successives transformations de ces deux êtres.

Ce qui fut beau et intéressant, voire émouvant dans l’élaboration de ce spectacle, ce fut de rendre brut ce qui l’était originellement et qui, quoique « oublié » par des milliers d’années d’évolution ou de morale, a pu resurgir.

Donner une chair à cette part non-civilisée de notre nature humaine a amené à déstructurer, modeler les corps et à les rendre capables de découvrir et d’emmagasiner des expériences tous azimuts, ouvertes à mille vents.

 » Il existe un lien plus profond de l’homme d’où rayonne la vie de l’amour; en effet c’est du cœur que provient la vie. Mais nul ne peut apercevoir ce lieu; si loin que tu pénètres, l’origine recule dans le lointain et le mystère; pénétrerais-tu jusqu’au fond, que l’origine serait encore pour ainsi dire quelques pas plus à l’intérieur; de même que ce qu’on nomme la source n’est que l’endroit où l’eau apparaît au jour »

– Soren Kierkegaard –

Aborder le thème de la procréation à différentes époques

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De cette rencontre homme-femme s’ensuit tout naturellement la question de la procréation, de la transmission de la vie et, implicitement, de la parentalité. Ces problématiques ont été abordées en deux temps:

    • Il y a des milliers d’années, d’abord, où l’on voit le ventre de la femme se gonfler en calebasse de pleine lune et où elle prononce ses premiers mots (« maison » désignant le cocon familial…) ; elle « couve ». L’œuf, signifié scéniquement par zaoune calebasse, représente la puissance créatrice et la capacité à donner la vie que porte en sa chair la femme. Renfermant dans sa coquille les éléments vitaux, il symbolise le germe et la pulsion vitale appelée à se développer si la femme lui transmet sa chaleur. La femme est prise d’une crise de panique lorsqu’un oiseau prédateur lui dérobe son œuf. Un sentiment fou de vide l’emporte. Consciente qu’elle s’apprêtait à transmettre la vie, cet arrachement provoque en elle une déchirure indescriptible. Endurant un vrai séisme, ses capacités psychiques sont altérées; elle ne peut y répondre que par un déchaînement convulsif que seul son compagnon est en mesure de soulager.

Sans autre langage que les sons et une gestuelle qu’il module au gré de l’histoire qu’il narre à la femme, il explique son combat avec l’oiseau qui a voulu leur dérober l’œuf. Il lui transmet sa vision, à la manière d’un conteur sans mots. Son corps restitue l’amplitude du vol de l’oiseau, la marche de l’éléphant, le combat mené avec l’oiseau pour protéger l’œuf, la ruse qu’il emploie pour tromper le rapace, la mort du prédateur et la restitution de l’œuf à la future mère … la femme, enfin, s’apaise.

    • Puis de nos jours, à l’heure du contrôle des naissances, des loisirs et du développement personnel, où l’on représente un couple qui s’interroge sur son envie de transmettre la vie et que l’on voit débordé, une fois le bébé arrivé, par le tempo qu’impose un nourrisson.

Les repères habituels, les fonctionnements au sein même du couple, les rôles généralement répartis sont bousculés par la venue de l’enfant ; l’enfant est «prioritaire» en tout et pour tout.

 Il est chronophage, dévoreur d’énergie et de sommeil et l’on ne saurait évidemment lui en vouloir !

Il était fort tentant et cocasse de montrer ce couple confronté à cette réalité quotidienne, à sa routine et à l’envie des parents de s’y soustraire en dépit de toute leur bonne volonté!

De cette situation que l’on pourrait qualifier d’ « ordinaire » surgit pourtant un nœud, un problème beaucoup moins anodin qu’il n’y paraît à première vue. Un problème existentiel malmène ces parents : « Qui suis-je? Quelle est ma part de responsabilité face à cet enfant? L’enfant n’est-il pas en train de me repousser vers les frontières de la mort? Cet enfant, c’est un prolongement de moi ou un corps étranger?, …»

Les musiques qui accompagnent la pièce

Les musiques choisies dans « Zao » sont nombreuses et de sources très diversifiées même si l’on est généralement attaché à une cohérence (instruments, époques, sons…); elles ont été sélectionnées soit avant d’entreprendre le travail soit pendant, en fonction de sa progression.

Pour autant, il arrive souvent que des coïncidences ressemblent parfois à des cadeaux ! Thierry Sirou a fixé son attention sur une musique entendue par hasard, à la radio, à un moment précisément où d’aucun ne savait plus trop comment orienter la pièce. Il s’agissait de « Cold Song », extrait du Roi Arthur de Henry Purcell, interprété par Andréas Scholl. Ce chant, si fragile et si vulnérable, a ré-stimulé l’imagination de chacun, permettant de repartir sur un chemin qui semblait intéressant.

En écho à la sublime lamentation de ce personnage qui se retire du monde en se couvrant de neige, ils ont calqué cette image pour exprimer le désarroi du personnage masculin devant son enfant: le père décide de s’isoler et refuse de poursuivre plus avant l’aventure avec sa compagne et son enfant.

« Zao » n’a rien de désespéré pour autant ! Un spectacle autorise des bascules poétiques et d’ailleurs, comme dans la vie, tout est question d’éclairage et d’angle si bien que tout peut, soudain, apparaître merveilleusement léger et décalé.

Cette légèreté, c’est aussi le lien affectueux qui se tisse finalement entre les trois (l’homme, la femme et l’enfant). L’amour de la femme pour son compagnon réussit à lui insuffler l’envie de regarder son enfant. De «mâle», il devient homme et de «géniteur », il devient père. C’est le début d’une nouvelle histoire qui commence et que chacun, dans le public, pourra s’inventer et se réapproprier.

La vie nous expose à toutes sortes de questionnements, à une multitude d’expériences auxquelles chacun apporte la réponse qui lui sied et que je ne saurais, en aucun cas, juger. Peut-être que la seule exigence de la vie est que l’on doive la traverser et en jouir comme, sans doute, elle le mérite. Vivre, « Zao », c’ est un jaillissement de la pulsion vitale, d’étonnements et de tendresse à l’adresse de la vie.

En ce qui concerne le dénouement de Zao, aucune intention n’a interféré ; c’est comme si la pièce disposait de sa propre respiration et c’est plutôt elle-même qui, une fois que l’on lui a érigé sa colonne vertébrale, a été capable de nous porter et de nous guider, comme si elle nous demandait de l’écouter.

De ce point de vue-là, le travail était pour tous une expérience plutôt inattendue. Et, comme dans la vie ou dans le travail que nous avons mené, on souhaiterait que ce soit cette part imprévisible, la plus belle et la plus mystérieuse, qui transparaisse dans « Zao ».

CONCEPTION & MISE EN SCÈNE

Pour jouir d’une large palette d’expressions et ne surtout rien censurer « a priori », Thierry Sirou ne s’est pas préoccupé de cibler un public précis à qui serait destinée la création en cours.

L’interprétation étant confiée à Jean l’Océan et à Laurence Couzinet-Letchimy, il lui a semblé évident de partir de cette matière idéale , faite de chair et d’os, que sont un homme et une femme qui, au demeurant, sont mari et femme dans la vie.

Les deux interprètes, en quête de simplicité, ont tenté de puiser dans les tréfonds de leur inconscient afin d’obtenir une matière brute et lisible, source de vie et de légèreté. Ensemble, les trois artistes ont fouillé et construit des scènes, comme autant d’histoires possibles faites de mues successives.

Partant de consignes simples et d’orientations diverses, les comédiens ont progressivement réinventé leur manière d’être au monde; travaillant sur la genèse de la vie et la quête de leur humanité, ils ont dû se délester du bagage et de la technicité qui leur avaient été transmis et qui les a construits comme personnes et comme artistes.

Laurence Couzinet, danseuse, et Jean l’Océan, conteur, ont du « oublier » leur mode d’expression familier et leur savoir-faire pour explorer le plus honnêtement possible les directives de travail. Dès lors, Thierry Sirou pouvait orienter la charge émotionnelle libérée, se servir des échappées comme autant de pistes possibles.

L’excellente connaissance qu’avaient les deux interprètes l’un de l’autre a constitué un facteur très favorisant ; ils ont laissé vivre leur nature en confiance. Ce faisant, c’est leur « clown » qui, par moments, a pris le dessus avec une puissance tout autant poétique que comique… et souvent inattendue !

A l’instar du dépouillement originel, c’est assez spontanément que la mise en scène s’est structurée sur l’essentiel : pas de décor dans « Zao » et très peu d’accessoires. Les accessoires (simple étoffe, calebasse et longue chevelure) sont réinvestis en de multiples fonctions selon les moments de la pièce par les deux personnages et offrent des images suggestives et significatives.
La mise en lumières de « Zao », signé par Sébastien Arribas, a fait l’objet d’un soin très particulier pour éclairer les différents tableaux, non pas seulement pour illustrer et mettre en valeur les comédiens mais parce qu’elle dit, en d’infimes variations, l’aube et le crépuscule, « le premier jour » évoqué dans la genèse, l’expérience et la quête de l’homme. 

« Chaque homme dans sa nuit s’en va vers sa lumière » – Victor Hugo –

Photographies ©Patricia Cornu