Amniosphère


AMNIOSPHÈRE

DANSE & THÉÂTRE

Création 2017 

Avec le soutien du Ministère de la Culture et de la communication – Direction des affaires culturelles de Martinique (DAC Martinique), de la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM) & le Théâtre Aimé Césaire de Fort de France & en coproduction avec « Le petit théâtre de Redoute »

TOUT PUBLIC à partir de 12 ans


Mise en scène & chorégraphie : Thierry Sirou

Ecriture: Laurence Couzinet-Letchimy et Thierry Sirou

Interprètes: Laurence Couzinet-Letchimy – Jean l’Océan

 Création Lumière : Viviane Vermignon

Bande-son : Cédric Billard

Sculpture de Pauline Ohrel

Remerciements pour les voix de Mona Letchimy (La « petite âme »), de Marie-Claude Billard, Patrick Billard, Marylène Joly-Pascal, Cédric Billard  et Lucille Billard (« les locataires »)

Durée: 1h10

LE SUJET DE LA PIÈCE

D’où nous vient la vie… D’une rencontre, même fortuite, entre un homme et une femme ?

A moins que ce ne soit une « petite âme » qui décide de s’incarner et part en quête d’un ventre pour s’y développer ?

De la conception à la délivrance, « Amniosphère » restitue la prodigieuse amplitude des échanges émotionnels et physiques qui relient la mère, confrontée aux aléas de la vie, et le bébé à naître.

NOTE D’INTENTION

« Ancienne étudiante en faculté de médecine, je me souviens d’avoir été éblouie et captivée par la vie de la cellule. Aucun conte ne me réservait autant de surprises ni d’émerveillement. Ainsi, il suffisait simplement d’observer les structures du vivant et de l’infiniment petit pour être emplie d’une admiration sans bornes… » Laurence Couzinet / Co-auteur & Interprète

Se pencher sur la vie foetale participe de cette envie de plonger au coeur du mystère et d’interroger la vie. D’où nous vient-elle? Sommes-nous une somme de hasards? Ou nés d’une décision spirituelle, bien avant que de prendre corps?

Est-ce l’amour qui donne la vie et précède toutes choses, ou serait-ce la vie qui génère de l’amour pour se survivre à elle-même? A moins que ce ne soit les deux qui évoluent conjointement?

Regardez une femme enceinte: ce qui se passe en elle est pur jaillissement. A chaque instant, dans un foisonnement d’échanges, la femme et son foetus communiquent, déjà établissent un lien affectif et dessinent, sans même savoir comment ils le font, les contours d’une vie nouvelle.

Un miracle ordinaire les traverse. Un magma de sang, d’humeurs, de molécules et d’hormones palpite et modèle cette sublime architecture vivante. L’impensable se produit, infiniment complexe, génialement ordonné, incroyablement harmonieux.

Où sont écrites les lois qui régissent cette danse de la vie? Les scientifiques peuvent en décrire le processus, voire mettre en oeuvre les conditions qui lui sont indispensables.

Mais que comprend-on vraiment de cette sublime orchestration et qu’en reste-t-il dans nos mémoires?

C’est toute la vitalité et les paradoxes de cette première expérience, dans le secret et l’intime du ventre maternel, qui sont explorés comme autant de « petits miracles ordinaires ».

ECRITURE

L’écriture de la pièce a demandé un soin extrême. Comment aborder scéniquement la vie foetale? Quel angle d’attaque prendre pour restituer ce petit monde invisible, minimaliste dans ses manifestations, et surtout ultra-sensible puisque touchant à l’intime? Tant de cas particuliers et d’histoires singulières – heureuses ou chaotiques -, de destins avortés, d’accidents de parcours se trament dans le liquide amniotique. Il fallait dire sans heurter, sans juger quiconque qui aurait pu vivre une expérience comme un avortement ou une fausse-couche, sans édulcorer non plus l’intensité du phénomène.

Le parti a été pris de s’appuyer sur une trilogie: la femme, « La petite âme » et le foetus autour de laquelle gravite un quatrième personnage, l’homme.

« Comme l’on quitte des vêtements usés pour en prendre de nouveaux, ainsi l’âme quitte les corps usés pour revêtir de nouveaux corps. » Bhagavad Gîtâ

« La petite âme », être spirituel, cherche un ventre pour s’incarner et faire l’expérience de la vie . Elle s’enthousiasme pour certains couples qu’elle observe mais pour diverses raisons (stérilité, ménopause, absence de relations sexuelles, autres projets que d’avoir un enfant, …), son projet de descendre sur Terre ne parvient à se concrétiser.

Une femme pourtant aimerait être mère mais, coincée entre les quatre murs de sa loge – elle est concierge de métier- elle n’a pas encore rencontré l’homme avec qui elle pourrait fonder une famille…

Un soir, un locataire vient frapper à sa porte et lui demande si elle peut lui repriser un pantalon… Timides, maladroits, confus, ces deux-là vont pourtant se rapprocher et le temps d’une soirée s’aimer unissant leurs bouches, leurs corps, mêlant leurs solitudes, leurs espérances et leur amour de la vie.

La femme ne le sait pas encore mais il lui restera, de cette rencontre, un enfant qui grandira dans ses entrailles, comblant par là-même son désir: devenir maman.

Elle attend l’homme qui lui a dit qu’il reviendrait chercher le pantalon qu’elle a promis de lui reprIser.

Mais les jours passent…

Puis les mois…

L’homme ne revient pas….

Baignant dans les eaux maternelles, le foetus perçoit et ressent tout ce qui se joue alors…. Le désarroi profond de la femme qui se sent délaissée, sa panique de se voir donner la vie seule, sans compagnon…

Le foetus souffre, « La petite âme », elle, bagarre. La voilà qui dialogue avec le fœtus lorsque la mère en manque de repères glisse pas à pas dans la dépression. Elle le provoque, lui rappelant le rôle qu’il peut avoir auprès de la femme qui le porte, même s’il n’est pas encore né. « La petite âme » est l’instigatrice de ce débat intérieur, confrontant mère et enfant dans leur complémentarité et leur complexité. « La petite âme » pousse la mère dans ses derniers retranchements pour l’empêcher de commettre l’irréparable.

L’issue est intentionnellement suspendue jusqu’à la fin du spectacle et tient en haleine le public. Que décidera cette femme? Qui est vraiment cet homme?

MISE EN SCENE

Entretien avec Thierry Sirou

L’énergie de la pièce

« Amniosphère » doit être jouée d’une traite. Il m’importait de permettre aux interprètes de sentir la progression dans le processus de sublimation, suivie de l’inévitable érosion de leurs émotions.

J’ai surtout eu le souci de permettre au spectateur d’être touché par la révolution qui s’opère chez les personnages – des gens simples, ordinaires – et ce dès leur rencontre.

A propos de « La petite âme »

Imaginant que « La petite âme » est de nature céleste, intemporelle et immatérielle, j’ai pourtant choisi de signifier sa présence sur le plateau.

Pauline Ohrel, sculptrice, s’est attachée au projet et a travaillé à la représentation de cette «Petite âme». Ouvragée dans un grillage fin, elle en a l’élan, la transparence et l’élégante légèreté.

Le traitement habile de la lumière sur la sculpture ajoute aux échanges que peut avoir « La petite âme » avec les autres personnages de la pièce.

« La petite âme » s’exprime, commente et converse (voix off). Plutôt que la voix d’une enfant, j’ai opté pour retenir la voix d’une adolescente pour la signifier. Son vocabulaire, son phrasé apportent du nerf, du réalisme et une vérité aussi au propos et permettent au public d’identifier celle que l’on ne voit jamais, mais qui rayonne constamment tout au long de la pièce.

Autour de «La petite âme», les deux comédiens-danseurs incarnent différents personnages et déroulent une histoire dont le thème n’est autre, finalement, que le désir de vie, l’amour entre deux êtres qui ne se connaissent pas ou très peu, la confusion de leurs sentiments, la mise à l’épreuve que constitue une grossesse, la modicité de leurs vies sur lesquelles un projecteur s’allumerait tout à coup pour en dégager la discrète grâce.

Le médecin et le narrateur sont deux autres personnages d’importance dans la pièce puisque, chacun à leur manière, ils accompagnent la femme enceinte. Les discussions ont été âpres au sein de la compagnie pour définir leur place, l’écueil étant de verser dans une fastidieuse énumération de connaissances scientifiques retraçant la vie foetale. Ces deux protagonistes devaient impérativement devenir des personnages à part entière pour ne pas faire basculer la pièce au niveau de la simple pédagogie. Il s’est agi de trouver la bonne distance et, au besoin, de réajuster leur présence au fil de la création , leur façon d’être, leurs propos pour qu’ils participent, de la plus subtile et intéressante manière, à cette progieuse épopée et rendent compte de l’émerveillement que tous nous partageons devant la genèse de la vie.

« Amniosphère » raconte une histoire qui interroge l’intime autant que certains faits sociétaux et porte un regard sensible, humoristique et original sur la vie fœtale. Le poète Paul Eluard avait peut-être raison, lui qui un jour écrivait : « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous».